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L’histoire derrière Atelier Septante-Six

Je suis né en 1975.
Alors pourquoi, vous demandez-vous peut-être, Atelier Septante-Six ?

Parce que certains chiffres ne marquent pas une année.
Ils marquent une place dans le corps.

Quand j’avais huit ans, mes parents ont acheté un chalet dans les Alpes suisses, dans un petit village appelé Champéry, niché en Valais. À l’époque, Champéry comptait environ 700 âmes lorsque la saison dormait, doublées en 40 ans pour atteindre 1’400 âmes. Un village où le temps avançait plus lentement, où tout le monde connaissait tout le monde, où l’enfance s’étirait largement et sans fin.

À partir de ce moment, ma vie était rythme.
Week-ends. Vacances. Étés et hivers.
Journées piscine, soirées au coin du feu, soirées de backgammon et de jeux avec les parents, barbecues, VTT, ski, snowboard, longues randonnées, premiers baisers, amitiés qui dureraient des décennies. Moments idiots, idées stupides, rires purs, le genre qui s’ancre en vous et ne vous quitte jamais vraiment.

Champéry est peut-être petit, mais il appartient à quelque chose de vaste.
Il fait partie des Portes du Soleil, dans la région des Dents du Midi, l’un des plus grands domaines skiables du monde. Deux pays. Plus de 600 kilomètres de pistes. Plus de 200 remontées mécaniques. Un terrain de jeu qui vous façonne discrètement sans demander la permission.

J’étais sur des skis à l’âge de deux ans.
Il n’y avait pas de débat. Pas de choix. Vous vous levez. Vous y allez. Vous suivez. Je détestais ça. J’adorais ça.
Et puis est venu le ski plus profond, pas la compétition, jamais ça, mais l’intensité. Engagement. Présence.

Et puis il y a eu Chavanette.
Le Mur Suisse.

J’avais neuf ans lorsque je l’ai skié pour la première fois, avec mon père. Monter ce télésiège deux places avec une barre de sécurité me faisait peur à chaque fois. Les bosses au sommet étaient presque deux fois plus hautes que moi. Mon corps tremblait avant le premier virage. La peur était là, brute, électrique, mais il y avait aussi autre chose. Un appel. Une connaissance. Ce moment où vous ne savez pas si vous pouvez… et que vous y allez quand même.

Ce moment m’a changé.

À ce jour, lorsque je me mets en méditation ou dans des états de conscience modifiés par l’hypnose et que je leur demande de trouver leur espace sûr, je suis là, je suis un adolescent.
Au sommet de cette pente.
Face aux Dents du Midi.
Regardant vers le bas le Mur Suisse.
Sentant l’énergie traverser mon corps, peur, calme, puissance, immobilité, tout à la fois.

Cet endroit est mon ancre.
Ma maison suisse.
Mon point de retour.

J’adore le ski. J’aime l’eau. Je ne suis plus aussi active qu’avant, mais Atelier Septante-Six porte ces sensations. Ce calme intérieur. Cette clarté qui ne vient que lorsque vous êtes pleinement, indéniablement .

Alors… pourquoi Septante-Six ?

Septante-Six signifie soixante-seize.
La plupart des pays francophones ne disent pas septante. Ce mot appartient presque exclusivement à la Suisse et à la Belgique. Je voulais cette empreinte suisse. Quelque chose de subtil. Quelque chose qui parle sans s’expliquer.

Et si vous vous demandez encore pourquoi ce nom, parmi un million de possibilités, merci d’avoir posé la question.

Chavanette, le Mur Suisse, occupe une place sacrée dans ma vie. Dans mon corps. Dans ma croissance. C’est l’une des pistes les plus raides et les plus exigeantes au monde. Chaque saison, elle appelle des milliers de skieurs, certains pour le plaisir, d’autres pour le défi… et certains, tragiquement, à leur fin. J’en ai été témoin. De première main. Plus d’une fois.

Chavanette n’est ni bleue, ni rouge, ni noire.
Elle est orange.
En dehors de l’échelle.

Sa pente varie de 37 à 43 degrés.
C’est 76 à 90 pour cent.

Septante-six a résonné.
Le son. La fréquence. Le poids de celui-ci.

Alors, le voici : Septante-Six.

Atelier Septante-Six, c’est chaque fois que j’ai skié cette pente.
Les jambes qui brûlent. Les chutes. La glace. La poudreuse. La neige fondante.
Les rochers qui ont détruit mes skis, mon snowboard, oui, même un monoski (c’était les années 90).

C’est skier avec un bras cassé, un plâtre enveloppé dans un sac en plastique parce que je refusais de ne pas y aller, pas de gant, pas d’excuses.

Ce sont des omelettes aux Marmottes,
Ce sont des journées de ski avec les parents,
C’est du Free-Riding avec des amis,
Ce sont des crêpes à Avoriaz.
Des hot-dogs et des boissons à la buvette de Chavanette.
La playlist de Liz qui résonne à travers les haut-parleurs comme si elle possédait la montagne.

Ce sont Andy Mac & Paul.
Piste Artiste.
La Crevasse.
Le Bar des Guides.
Monter au chalet de jour, de nuit, avec mes potes.
Tante Yvonne à la piscine locale, nous expulsant, nous interdisant pendant une semaine parce que nous avons trempé le plafond avec des bombes à eau, et les parents étant informés avant que nous ne rentrions à la maison, comme dans tout petit endroit.

C’est se faire arrêter avec mon pote Jean-Pierre pour avoir roulé à deux sur un vélo, par un flic corrompu qui nous a mis une amende juste parce qu’il le pouvait.

C’est traverser la station encore et encore.
C’est apprendre à ma fille à skier.
La Suisse. La France.
Le Free-riding. Le carving. L’exploration. L’errance.

Ce sont des amitiés qui sont restées.
Des amitiés qui se sont adoucies.
Des amitiés qui se sont estompées, parce que la vie avance, que nous le voulions ou non.

C’est l’amour.
La vie.
Le désir et la douleur. La joie et la perte. La passion et la vulnérabilité.
La vérité brute et intime de l’être humain, et l’immensité à couper le souffle qui s’ouvre lorsque nous nous abandonnons à un moment, à un lieu, à la nature.

Atelier Septante-Six parle des gens.
De la famille, des amis, des âmes.
De la façon dont nous nous rencontrons.
De la façon dont nous rencontrons la nature.
De la façon dont nous nous rencontrons nous-mêmes.

Ce n’est pas lisse.
Ce n’est pas poli.
Ce n’est pas essayer d’être parfait.

C’est brut.
Sans excuses.
Vulnérable.

Il porte ma signature, belle et impitoyable à la fois.

Il s’agit de ces instants fugaces qui façonnent une vie.
Des moments qui passent… et pourtant restent à jamais.

Atelier Septante-Six n’essaie pas d’être quelque chose.

Il est simplement.
Au-delà du moment.